Lu pour vous :  »Un livre dans la voiture » de Diomandé Mélama


Samedi 19 décembre, dans la moiteur d’une soirée d’harmattan encore hésitant, la finale de Miss Littérature prend fin dans l’apothéose au CNMS de Cocody à Abidjan. De nombreux inconnus se pressent pour me féliciter pour l’initiative. Parmi eux, un homme timide d’abord, s’approche rapidement. J’ai le sentiment qu’il s’excuse presque d’être là. Il me glisse ce livre dans la main, murmure quelques mots de félicitations et disparaît. J’ai à peine le temps de le remercier… Une semaine après, je suis à Ouagadougou pour le même exercice que j’avais achevé à Abidjan. Test Covid à l’aéroport, attente de trois heures : je décide d’ouvrir ce livre que j’avais gardé dans mon sac à dos, me promettant de ne point l’ensevelir dans une pile à lire qui n’en finit pas de… s’empiler. J’aime déjà la couverture magnifique. J’ai rarement vu des ouvrages d’auteurs ivoiriens aussi bien édités. Je relis la dédicace avec tendresse, puis me décide enfin à me lancer dans les ruelles de ces lignes rondement amenées. En voici mon décryptage.


 »Un livre dans la voiture » est le récit autobiographique d’un homme qui se raconte, et qui, ce faisant, raconte la société dans laquelle il vit, raconte notre monde tel que nous le vivons, contribuant parfois à notre corps défendant, à perpétuer les inégalités au lieu de les combattre. L’oeuvre relate la vie de l’auteur, parti de rien quasiment pour atteindre à tous ses objectifs, grâce à sa passion pour la lecture. Il serait pourtant réducteur de confiner ce livre à cela : une tranche de vie. D’ailleurs, contrairement à la pratique dans la plupart des autobiographies, Diomandé fait l’impasse sur des pans importants de sa vie privée, un peu comme pour centrer le propos autour du livre, et de ce qu’il peut changer dans la vie d’un homme. C’est dire que les voyeurs sont comme invités à passer leur chemin, pour laisser place surtout aux jeunes, ceux désireux d’apprendre d’une trajectoire, d’un chemin de vie.

Les chemins de traverse

L’oeuvre de Diomandé est une réflexion philosophique sur le sens même de la vie et les raisons des inégalités qui fondent celle-ci. Né d’une famille plutôt défavorisée, l’auteur, comme beaucoup d’enfants en Afrique et aussi dans le monde, part avec un handicap de taille. Il a pourtant des rêves, et il n’aura de cesse d’atteindre à l’idéal auquel il a toujours aspiré, même s’il sera confronté à d’énormes difficultés liées à son extraction sociale, aux mauvais coups du sort, des faiblesses contrebalancées par quelques personnages qui jouent le rôle d’adjuvants dans son parcours, tel ce père qui l’outille de préceptes moraux, tel cet oncle qui lui met le pied à l’étrier dans le métier de conducteur de taxi, telle encore cette mère qui le bassine d’amour.

Ici alors, l’on peut affirmer que si l’entourage de l’auteur n’est pas pécuniairement aisé, il est nanti d’empathie et d’égards, toutes choses qui vous forgent une personnalité pour la vie. Le héros-auteur, seulement titulaire d’un brevet, passe ainsi du statut d’apprenti chauffeur à celui de conducteur de véhicule administratif, via celui de taximan. Mais toujours mû par son amour des livres et son besoin d’ascension sociale, il passera le baccalauréat puis la licence alors qu’il est âgé de quarante ans. Et c’est le récit de cette résilience que Diomandé nous donne à lire dans cette œuvre. 

Pêcheur des âmes 


Obsédé par une certaine soif de transmettre, l’on peut lire, entre les lignes de cette œuvre, le regret de l’auteur de ne pouvoir enseigner ce qu’il a appris à l’école de la vie aux jeunes. Il est d’ailleurs frappant de noter qu’il ne râte aucune occasion de discuter avec les jeunes et de leur donner des conseils avisés. Il se fait également défenseur de la cause des plus faibles, non seulement les conducteurs de véhicules comme lui, mais aussi les boys, les gardiens, toutes ces personnes qu’il est convenu d’appeler  »petites gens ». Dans ce cadre, c’est à une réflexion sur notre rapport à ces personnes qu’il nous convie. Dans un style plutôt accessible mais loin d’être simpliste, Diomandé questionne de nombreux sujets existentiels et sa conclusion semble être que le plus important dans l’existence, c’est de se fixer des objectifs, et de se donner les moyens de les atteindre par le biais notamment de la formation, dont une large part passe par l’acquisition des connaissances accumulées dans les livres. J’ai été bouleversée par cette approche toute humaniste de questions pourtant essentielles et par trop délicates. Entre autobiographie et ouvrage de développement personnel, un livre dans la voiture est une œuvre qui fera forcément école, pour peu qu’elle soit vulgarisée auprès de ceux pour qui elle semble avoir été écrite : les jeunes, afin que dans leur sac, leur maison, leur voiture, ils gardent toujours sous le manche, un livre qui leur dira le monde dans son essence, un livre qui leur apprendra les choses si complexes de la vie. 

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