Ma préface du roman ''La cinquième épouse'' de Robert Edjamian

« Le public aime les romans faux : ce roman est un roman vrai. » Edmond et Jules de Goncourt, Préface de la 1re édition du roman Germinie Lacerteux.

Voici enfin un roman béninois important sur le sujet de l’adultère, depuis le fameux L’esclave de Félix Couchoro. Voici un roman touchant, parce que vrai, sur ce que la nature humaine peut comporter de sombre, d’affreux, d’avilissant, de barbare même, sur pourtant ce qui fait la condition de l’homme dans son essence même. Car si les humains étaient des êtres se conduisant toujours suivant les règles de la morale, absolument gentils, fidèles, honnêtes, raisonnables, sincères, insensibles au pouvoir de l’argent, en un mot, parfaits, ils ne seraient plus des hommes, mais des dieux, quoique…

C’est donc d’hommes et de femmes qu’il est question dans ce roman. De femme surtout. D’Edwige. Une jeune femme, ce qu’il y a de plus ordinaire. Belle certes, bien éduquée, gentille, fidèle, honnête, raisonnable, sincère, mais dont la sensibilité au pouvoir de l’argent lui fera commettre un premier impair. Et cette chute initiale sera annonciatrice de cataclysmes autrement plus graves pour sa vie, et pour sa communauté.

Beaucoup verraient dans ce roman, un réquisitoire contre l’infidélité, de même qu’un condensé ou un panaché de diverses réalités endogènes du Bénin (je pense notamment à la sorcellerie). Mais je ne sais pas si c’est un ressenti de féministe refoulée, j’y vois, moi, un pamphlet contre la polygamie, un mode de vie inadapté pour l’époque contemporaine, une institution qui ne peut que conduire à des drames, comme ceux relatés dans cette œuvre.

L’auteur

Cette cinquième épouse, qui se voit fatalement descendre au ban de la société, après des noces pourtant prometteuses, est l’archétype même de la femme africaine, victime des tabous, des préjugés, des traditions qui figent toute une communauté, et la mènent inéluctablement et fatalement vers l’impasse. Il y a un peu de l’Edwige dans chacun de nous. Ce personnage porte nos parts de doutes, de manques de discernement, de laisser-aller, de lubricité. Je lis ici comme une ode au désenchantement, quand l’amour rêvé s’incarne en cauchemar.

Robert Edjamian, pour paraphraser le journaliste Albert Londres, porte ici sa plume dans les lésions de nos sociétés contemporaines, et questionne quelques unes de nos certitudes. En même temps, il fait le procès d’une certaine jeunesse en mal d’enrichissement, et prête à faire feu de tout bois pour paraître.

Et moi, j’aurais pu vous bassiner de numérologie, sur la symbolique du chiffre cinq par exemple, vous donner de pleines lignes philosophiques, sur ce qui peut être considéré comme de l’infidélité ou pas, j’aurais pu également vous parler de la condition féminine sous nos cieux où le deuxième sexe est décidément si faible ; je préfère juste vous donner mon ressenti après la lecture de ce roman. Ici, point d’aventures badines, pas de niaiseries fleurant bon l’eau de rose, point d’alcôves de bon goût, de babillages ni d’aventures qui finissent gentiment, point de joliesse.

Non. Ce n’est point joli. C’est précisément beau. Beau de réalisme et de justesse.

Carmen Toudonou

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