Ma présentation de l’ouvrage « La liberté au cœur – le temps des semailles » de Me Adrien Houngbédji

Me Adrien Houngbédji, acteur politique du Bénin, actuellement président de l’Assemblée nationale, signe en 2018 aux éditions l’Archipel de Paris, le premier tome de ses mémoires, couvrant la période de 1960 à 1990. Il m’a été donné d’en faire une présentation le 03 avril 2019 à Porto-Novo lors de la dédicace de l’ouvrage. C’est mon texte dit à cette occasion que je publie ici. (La liberté au coeur, le temps des semailles, disponible à la Sonaec à Cotonou et en vente en ligne sur les plateformes de vente de livres pour tous pays).

C’est avec un plaisir, non pas feint, mais pleinement et réellement ressenti, je dirais savouré, que j’ai l’honneur de prendre la parole devant vous ce matin, pour vous présenter le livre de Me Adrien Houngbédji. Il m’est maintes fois arrivé, depuis quelques années que je signe des œuvres littéraires, d’être sollicitée pour présenter un roman, un essai, un recueil de nouvelles ou de poèmes. Il m’est arrivé souvent d’accepter, parfois de décliner, mais je n’ai jamais eu autant de bonheur à me projeter dans un tel exercice, tant les liens qui m’unissent à l’auteur, tant la qualité de sa plume et la consistance de l’ouvrage font de l’exercice un pur délice. Je tâcherai donc de me hisser à hauteur de l’œuvre et de son auguste auteur…

Avant de démarrer cette présentation du livre, je voudrais souligner, pour me dédouaner de quelque procès d’intention que ce soit, que je suis effectivement une collaboratrice (quel honneur !) de Me Adrien Houngbédji, mais je donnerai dans les minutes à suivre une lecture, la mienne, de l’œuvre qui nous rassemble ce matin, vous me direz donc que ce sera une lecture teintée de subjectivité. Mais ce sera surtout le regard d’une passionnée de littérature, nourrie de quelques classiques, amoureuse des belles lettres. Et pour tout vous avouer, je ne dirais pas que je déteste, mais je n’affectionne pas particulièrement les essais, qu’ils soient autobiographiques ou non, quoique je sois amenée dans le cadre de mes recherches universitaires, à en lire. Ce sont pour moi, des lectures pour la plupart laborieuses. Pourtant, il m’est arrivé d’aimer un essai autobiographique : c’est celui de Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté.

Je l’ai aimé non pas avant tout pour la richesse évidente du parcours relaté, non pas pour la dimension historique indéniable de l’auteur de l’œuvre, mais pour la qualité littéraire de la relation des faits. Un long chemin vers la liberté se laisse lire comme un roman. Tout comme la Liberté au cœur. Pourtant, si Nelson Mandela est parti de notes commencées en 1974 au pénitencier de Robben Island, il a rédigé son livre en collaboration avec son amie Nadine Gordimer, écrivaine sud-africaine, prix Nobel de littérature 1991. Me Adrien Houngbédji, lui, était à la plume, du début à la fin de son œuvre. Et c’est avec délectation que j’ai donc parcouru les 250 pages de cette plume véritablement plaisante, au sujet de laquelle je n’émets qu’un seul regret : il aurait pu nous faire un bon romancier. Certes il a fait de plus grandes et importantes choses que quelques romans et autres recueils de nouvelles, au détour des phases palpitantes de son parcours de vie hors-norme, objet du livre.

Adrien Houngbédji, l’auteur

La liberté au cœur, le temps des semailles, parait en 2019 aux éditions l’Archipel à Paris. En six chapitres, l’auteur revient sur son parcours, d’enfant, d’adolescent, de jeune magistrat et d’avocat, puis sur les années d’exil et de réhabilitation. L’ouvrage couvre la période de 1960 à 1990, trois décennies d’une vie parsemée de coups d’éclats, qui pût être du pain béni pour un romancier, ou un réalisateur…
Il faut dire que de mon point de vue, l’ouvrage, à travers les différentes occurrences présentées, dresse un portrait quasi complet, qu’il soit physique ou moral de son auteur. Lors de ma lecture, j’ai pu retenir 3 traits de caractères essentiels, il en a beaucoup plus, bien sûr, de Me Adrien Houngbédji, et c’est autour de ces traits que s’articule la présente présentation.

1.L’homme épris de liberté
Ce n’est pas pour rien que l’ouvrage s’intitule La liberté au cœur. Tout le long de son parcours, l’auteur aura fait preuve d’une passion immodérée pour la liberté, cette amante dont le commerce présente parfois tant de risques, qu’il faut parfois payer le prix fort pour la garder. C’est tout le sens de ce parcours de vie, relaté avec force sensibilité, par cet aîné de sa famille, qui raconte son enfance, entre un père sublimé en modèle, adepte du culte du travail et du mérite et une mère au sang bleu, descendante du roi Guézo, qui lui inspire les notions d’autorité et de service. C’est cette extraction sociale qui explique ce que deviendra l’homme, reconnaissant avant tout à son père à la forte présence, qui le subjuguera toute sa vie, et dont le rôle dans son existence est résumée en une phrase sobre et évocatrice, page 43, je cite : « je dois tout à mon père ».

De cette enfance affleure l’image d’un garçon précoce (Adrien Houngbédji commence l’école à partir du CE2), enfant qui fait la joie de ses parents, notamment de son père, en brillant dans ses études, mais qui connaît pourtant l’échec scolaire, avant de reprendre sa scolarité en main, pour devenir, à 25 ans docteur d’Etat en droit, et procureur de la République à 26. C’est encore cet amour de la liberté qui lui fera abandonner sa brillante quoique fulgurante carrière de magistrat, pour se faire avocat : « …n’étant plus magistrat, je ne pouvais être nommé à quoi que ce soit… » se réjouit-il P76. Enfin, c’est cette passion pour la liberté, qui le guidera sur les chemins de l’exil, après son emprisonnement par le régime dictatorial de Mathieu Kérékou, puis une évasion spectaculaire, en serviette s’il vous plait… Je vous laisse découvrir dans le livre, les détails de cet épisode digne des meilleurs scénarios de Nollywood, Hollywood, et que sais-je encore ?

Free like the river, flowing freely through infinity, free to be sure of, What I am and who I need not to be, chantait Stevee Wonder et je traduis libre comme la rivière, roulant librement à l’infini, libre pour être sûr de ce que je suis, et qui je n’ai pas besoin d’être. Sûr de ce que je suis, et de qui je n’ai pas besoin d’être…
Voilà qui vient clore cette partie consacrée à l’amour de la liberté dont témoigne la vie et l’œuvre de l’auteur.

2. Le meneur d’hommes
L’ouvrage La liberté au cœur, le temps des semailles, ne se contente pas d’être seulement le témoignage sur une vie riche en événements et en rebondissements. C’est également une leçon d’histoire, car, tout le long du parcours du Président Houngbédji, se dessine une chronique historique du Bénin, encore Dahomey quand il naissait, avec les soubresauts d’un parcours parsemé de coups d’Etat, de querelles puis de réconciliations entre protagonistes politiques. Avec un humour féroce, l’auteur dresse une galerie de portraits d’hommes politiques ayant marqué cette histoire, mettant en lumière quelques lâchetés par ci, réglant parfois des comptes politiques en filigrane, rétablissant en tous cas la vérité sur quelques clichés qui ont la peau dure.
Aussi, ressort de ce feedback sur une trentaine d’années de parcours, la genèse de la naissance du Parti du Renouveau Démocratique, qu’il dirige depuis trente ans maintenant. C’est ici que se dégage le meneur d’hommes, qui rétablit au passage le rôle important qu’il a joué dans la genèse de la conférence nationale, sans pour autant en réclamer la paternité, notant au passage, non sans humour : « je n’ajouterai pas ma propre vanité à celle de tous les pères autoproclamés de cet événement historique, « docteurs ès conférence nationale » sur tous les forums, dans tous les médias, et qui nous ont rebattu les oreilles des années durant. »

Dédicace

3. L’homme sensible.
Je voudrais finir en abordant ici, dans cette 3e partie de ma présentation, la sensibilité de l’auteur de l’ouvrage. Celui qui, tout petit, jugeaient insoutenables les cris de ses camarades nouvellement circoncis, qui plus tard, compensait le mal qu’il faisait à ses camarades qu’il était obligé de corriger, en partageant avec eux ses goûters, trouvera, en l’exercice du droit, un terrain favori pour laisser éclore sa nature sensible. Il prend ainsi position contre la peine de mort, à la faveur d’affaires désormais rendues célèbres, comme les affaires Taïgla, Gbikpi, Vogler, puis Kovacs dans une moindre mesure, toutes affaires dont je n’avais eu connaissance qu’à travers les chansons du célèbre et regretté chanteur Yédénou Adjahoui, affaires qu’il éclaire sous un nouveau jour, puisqu’ayant été au cœur de ces joutes judiciaires, en tant qu’avocat de prévenus.

Il nous donne au passage quelques paragraphes de discussions philosophiques sur le sujet de la peine de mort, passages qui n’ont pas été sans me rappeler le bouleversant « dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo. Car, La liberté au cœur, le temps des semailles, c’est cela : l’ouvrage d’un humaniste, qui s’interroge sur le sens de la vie, celui de la justice des hommes, celui de la transcendance, sur la condition humaine tout court ; « je me sens uni aux hommes, à tout homme, par un lien que je ne définis pas, ineffable, mais toujours présent. »P100

Au total, je vous l’ai dit, je me suis délectée des pages de cet ouvrage, véritable carnet de route dans lequel l’auteur évoque plusieurs localités du Bénin, Parahoué, Madécali, Pobè, Cobédjo, et surtout le Cotonou des années 50-60 avec ses cases (l’on aurait du mal à l’imaginer aujourd’hui), « une ville de dimensions alors modestes, mais qui nous paraissait aussi grande que l’océan voisin ». Avec une gouaille toute à fait porto-novienne, faisant parfois recours, pour la cause, à la diglossie, avec l’insertion de mots ou expressions du gungbé, il revient sur de petites anecdotes plaisantes, les farces entre frères et copains, avec une autodérision tout à fait admirable, qui achève le portrait d’un homme tolérant : « en moi, nulle trace de haine, de rancune, aucune idée de revanche ou de vengeance » P193-194.

C’est certainement cela, le fin mot du parcours de celui qui aura été trois fois élu Président de l’Assemblée nationale du Bénin, et qui nous livre ici comme en gros traits ébauchés au stylo de sa mémoire, les souvenirs d’un parcours politique et humain hors norme. Je vous en recommande la lecture, mais pas seulement. Je vous recommande d’offrir ce parcours de vie à vos enfants, aux jeunes autour de vous, en les exhortant à distraire quelques moments consacrés à leur téléphone portable pour le lire, car l’ouvrage recèle assurément de leçons à tirer de la trajectoire d’un homme peut-être en avance sur son temps, mais dont les outrages de la politique tropicale ont laissé intactes les qualités morales d’homme tolérant, amoureux de l’humain, passionné de justice et de liberté.

Carmen Toudonou
Porto-Novo, Centre Tiwani, le 03 avril 2019

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